INTEGRATION
SCOLAIRE

Le B.O.
N°21
23 mai
1996

Actualité

La prise en charge pédagogique des autistes

Depuis une dizaine d'années, l'éducation nationale a donné son accord à l'intégration collective d'enfants autistes dans les classes des écoles, de manière expérimentale.

Cette intégration collective s'est souvent réalisée en réponse à une demande des parents qui refusaient, pour leur enfant autiste, la perpective d'une prise en charge psychiatrique à vie. Ils revendiquaient l'obligation éducative prévue par la loi du 30 juin 1975, dans des structures ouvertes à l'ensemble de la population, c'est-à-dire les écoles, considérant leur enfant comme handicapé. Dans le même temps, le monde scientifique émettait de nouvelles hypothèses sur les causes de l'autisme, et certains pays étrangers mettaient en place des prises en charge éducatives et pédagogiques de l'autisme (États-Unis, Belgique. Espagne).

La prise en charge d’enfants autistes à l'école relevait enfin d’un véritable défi pédagogique. Alors que le principal outil de l’école est la communication, ces enfants présentent des troubles graves du développement, de la relation et de la communication. Dès lors, quelle approche pédagogique mettre en œuvre pour eux ?

Les enseignants spécialisés qui se sont lancés dans cette expérience n'étant pas formés à un tel type de handicap, quelques stages ont pu leur être offerts mais ils ont surtout su faire preuve d'intelligence, de créativité, d'adaptabilité.

RESPECTER L'ENFANT

Dans la majorité des cas, les classes ont bénéficié rapidement de l'aide indispensable d'un service d'appui, le service d'éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD), permettant ainsi le travail en classe d'un éducateur spécialisé, en équipe avec le maître et l'aide médicale, psychologique et para-médicale. Il faut noter tout particulièrement que ces classes ont toutes mis en place des projets individualisés pour les enfants, projets prenant appui sur une analyse fine de leurs potentialités, projets élaborés dans, une large collaboration avec les parents. Il s'agit bien de respecter l’enfant dans ses particularités, de le conduire le plus loin possible dans des apprentissages, cognitifs, sociaux qui visent pour l'avenir autant l'insertion familiale, sociale, professionnelle qu'il est possible compte tenu de la gravité du handicap.

 

UNE OUVERTURE EUROPÉENNE

Cette expérience d'intégration collective, notamment en Ile-de-France a été jugée très innovante. En effet, le ministère de l'éducation nationale l'a retenue comme 1'une des deux actions susceptibles d'être présentées dans le cadre du programme HELIOS des Communautés européennes, programme en faveur de l'intégration des personnes handicapées. C'est à partir de rencontres et d'échanges européens, de la mise en commun d'expériences diverses dans le domaine de l'autisme, qu'est né le projet EDUCAUTISME. Ce projet d'une formation européenne destinée à différents professionnels travaillant auprès d'une population autiste, est piloté pour la France par le Centre national de Suresnes. Il est financé parle Fonds européen dans le cadre de l'initiative HORIZON.

Les premières formations de maîtres spécialisés ont commencé à la rentrée 1995 au Centre national de Suresnes.

Ces quelques classes ne répondent pas, bien sûr, à l'immense demande des familles et ne constituent pas non plus un modèle de prise en charge. Le constat de l'insuffisance de prise en charge des personnes atteintes d'un syndrome autistique, insuffisance quantitative et qualitative, est apparu au ministre chargé des affaires sociales à la lecture de deux rapports qu'il avait demandé, l'un à l'inspection générale des affaires sociales (IGAS) l'autre à l'Agence pour le développement de l'évaluation médicale (ANDEM).

Dépassant les conflits entres les tenants du " tout thérapeutique " et ceux du " tout éducatif ", considérant que l'opposition maladie mentale, handicap mental n'a plus lieu d'être si l'on analyse le handicap comme l'interaction entre la maladie, la déficience, l'incapacité et le désavantage (interaction mise en évidence par les travaux de P. Wood pour l'Organisation mondiale de la santé), le ministre chargé des affaires sociales a été à l'initiative d'une circulaire interministérielle sur la prise en charge des autistes (circulaire du 27 avril 1995).

Ce texte définit pour chaque âge de la vie, les modalités de prise en charge qui doivent se développer et être offertes au choix des familles, prise en charge toujours plurielle, thérapeutique, éducative et pédagogique. Il définit d'autre part un plan d'action de 5 ans pour la mise en place de ces structures d'accueil.

 

UNE SITUATION NOUVELLE

Pour ce qui concerne l'âge scolaire, cette prise en charge peut s'effectuer:

- par des équipes de pédo-psychiatrie, le plus souvent dans un cadre ambulatoire. Les traitements sont associés à une composante éducative et pédagogique, l'enseignement est incorporé a la structure ou mis en place en partenariat avec des classes d'intégration scolaire ;

- dans le cadre d'instituts médico-éducatifs, s'ils possèdent une section spécialisée adaptée aux enfants autistes, l'enseignement y est alors intégré ; il peut également être créé des services d'éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD) couplés à des classes d'intégration scolaire.

Les plans d'actions régionaux sont définis dans le cadre des comités techniques régionaux sur l'autisme. Les expériences mises en place dans le cadre de classes "pionnières" ont permis à des enseignants de développer des compétences précieuses dans ce domaine pédagogique tout à fait particulier, elles ont permis la mise en place d'actions de formation spécifiques qui vont se poursuivre et s'amplifier au rythme des demandes qui naîtront du développement des structures appropriées, pour les personnes souffrant d'un syndrome autistique.

 

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